Editorial: Jean-Yves Ledrian au Caire pour tenter de renouer le dialogue avec le monde arabo-musulman

Jean-Yves Ledrian au Caire pour tenter de renouer le dialogue avec le monde arabo-musulman, rompu à l’issue du discours d’Emmanuel Macron, soutenant les caricatures hostiles au prophète de l’islam.

“Je t’aime, moi non plus”

C’est ainsi que l’on peut résumer à l’heure actuelle, la relation entre l’hexagone et le monde arabo-musulman.

Alors qu’un sentiment anti-français s’est emparé du monde musulman à l’issue du discours du président français, Emmanuel Macron, dans lequel il prit récemment position vis-à-vis des caricatures hostiles au “prophète Mahomet”, en ce qu’il affirmait les “soutenir”, lors d’un oraison funèbre rendu en hommage à un professeur de lycée, Samuel Paty, froidement assassiné, par un jeune tchétchène pour les avoir exhibées alors qu’il dispensait un cour sur la liberté d’expression, les autorités françaises veulent donc  renouer le dialogue avec le monde arabo-musulman après que le divorce ait été consommé. 

Le Caire : un interlocuteur privilégié

C’est au Caire que Jean-Yves Ledrian, ministre français des affaires étrangères entame  une longue tournée de reconquête du monde musulman dont l’hostilité a atteint son paroxysme, à en   juger par la série d’attentats perpétrés récemment sur sol français où le plan Vigipirate a été activé à un niveau d’alerte maximale, de même que la longue liste des manifestations anti-françaises qui se sont répandues comme une traînée de poudre au sein des États à forte représentation musulmane. Les symboles de la République française et l’effigie de son président ont été incendiés lors des manifestations, en signe de désapprobation à la position officielle de la France sur les caricatures hostiles au prophète de l’islam.

Pourquoi le Caire ?

Du point de vue de la France en particulier, et de l’occident en général, deux courants islamiques dirigent le monde musulman : celui d’un islam dit “radical” qui serait entretenu en majorité par les pays du golfe en tête desquels l’Arabie Saoudite, et le Qatar et l’autre dit “modéré” aurait pour porte étendard l’Égypte et la Jordanie du moins par les positions des autorités des pays précités.

Du déjà vu ?

Il vous souviendra que c’est au Caire que Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur avait cherché soutien et approbation lorsqu’il s’est agi d’instaurer la loi sur l’interdiction du port du voile musulman sur l’espace public français. Ce dernier avait pu bénéficier d’un soutien ferme et sans détour de la plus grande institution islamique du pays : Al Azhar dont le chef Tontâwi de l’époque avait justifié la position au moyen d’arguments que certains ont qualifiés de quelque peu  “tirés par les cheveux”.

Mais comme à chaque fois, l’histoire étant un éternel recommencement,  c’est au Caire que Macron, à son tour, par le truchement de son ministre, cherche à faire passer son message dont il dit je site :” avoir été mal interprété”

Le Caire apparait donc pour la France et l’Occident, un interlocuteur privilégié, une caisse de résonance, un porte-voix de la France au monde musulman.

Erdogan et la Turquie dans le viseur

Mais bien plus encore, le choix du Caire n’est pas anodin d’autant plus que les relations entre le Caire et Ankara, soutien des frères musulmans, renversé par le régime actuel sont au plus bas.

 En effet, si la désapprobation du discours de Macron a été en grande majorité le fait de manifestations populaires, c’est à Ankara où celles-ci ont obtenu une note officielle : le président Erdogan ayant lui-même mené  la fronde anti-française qualifiant le président français de “malade mental” et  appelant à un boycott des produits français sur le sol Turc  et même au-delà.

Le choix du Caire est donc  avant tout, un pied de nez fait à la Turquie et à ses autorités, la crise libyenne étant passée par là et ayant accru un peu plus les tensions entre les deux pays.

Le Drian est-il pour autant en terrain conquis ?

Depuis le discours de Macron et la vague des manifestations qu’il a suscitées dans le monde musulman, je me suis amusé à aller regardé comment celui-ci avait été particulièrement perçu au sein de la société égyptienne. J’ai donc parcouru quelques forums égyptiens pour me faire une opinion.

 Le constat est en effet assez frappant: si le discours de Macron est globalement rejeté par la population égyptienne, celui-ci bénéficie en revanche d’un rejet tempéré et modéré de la part du régime et de ses partisans, certains appelant même à un boycott des produits Turcs plutôt que Français. Dans leur viseur: Erdogan et la Turquie.

Bruce Moussavou Mouaga.

Raha hizara hevitra

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